L'actuelle Canebière fut formée en 1928 de l'alignement de la Cannebière (avec 2 n) avec la rue Noailles et les allées de Meilhan, reliant ainsi d'un trait le Vieux Port aux Réformés.
« La
Canebière est actuellement une voie majestueuse de près d'un kilomètre
de long. (...) C'est le grand chemin exotique, la porte ouverte vers le
large, ce large fabuleux qui a toujours obsédé les cervelles
marseillaises... » André Bouyala d'Arnaud écrivait ces lignes en 1958 [Évocation du vieux Marseille,
Les Éditions de Minuit, p. 221]. La Canebière, depuis, a bien changé,
en même temps que le centre-ville souffrait d'une désaffection
grandissante de la part de ses résidents traditionnels, et que
Marseille économiquement affaiblie laissait proliférer les taudis
locatifs de la Canebière à la Joliette, de Saint-Mauront à la porte
d'Aix, et de la porte d'Aix à la Belle-de-Mai. Le creux de la vague
est-il passé ? Peut-être. Mais Marseille porte encore aujourd'hui sa
misère en plein cœur, et pour longtemps, sans doute.
Il n'en est pas de même au début du XXe siècle. Alors, les allées de Meilhan, la rue Noailles, la Cannebière,
distinctes jusqu'en 1927, vivent d'une activité faite de commerce
(local), de négoce (international), de continuelles migrations. C'est
ainsi que les décrit Albert Londres, un peu plus tard, vers 1930, alors
que sous l'impulsion du maire Siméon Flaissières les trois voies ont
été alignées et forment l'actuelle Canebière :« Sur la Cannebière, il
n'y a que des gens qui sont de la fête... [c'est] un défilé
nonpareil... on y lirait les noms de tout le planisphère terrestre...
[c'est] le foyer des migrateurs... le rendez-vous de tous les Français
qui se sont connus ailleurs qu'en France. » [Albert Londres, Marseille porte du Sud, réédité par Jeanne Laffitte en 2006]. C'est
que, au cours des décennies, l'empire colonial pour une part, mais
aussi l'exploitation industrielle des tuileries, des produits
chimiques, des oléagineux, mais aussi l'ouverture du canal de Suez, et
encore l'évolution de la marine à vapeur, ont fait de Marseille le
premier port européen et le premier port de la Méditerranée. Marseille
se nourrit du négoce international et en favorise l'expansion.
L'ouverture de lignes régulières vers l'Inde et la Chine n'est pas
qu'une curiosité de l'époque, elle est aussi l'emblème de cette
extraordinaire réussite économique. Plus que jamais la ville est la porte de l'Orient, au seuil de laquelle les voyageurs jettent avec espoir et déjà nostalgie un dernier regard au pays.
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